Voyage vers nulle part
C’est
un peu comme ces voyages interminables, par une chaleur écrasante, sous un ciel
pareil à un couvercle de plomb. L’indétrônable groupe britannique nous emmène
toujours sur des sentiers raboteux ou des routes en plein milieu d’un désert
d’Arizona ou d’Andalousie. À pied, sous un soleil inflexible, ou dans un
cercueil de tôle et d’acier, à une vitesse folle, toutes fenêtres ouvertes, la
musique défile dans un rythme implacable, tantôt angoissant, tantôt lénifiant.
Les paroles, mélancoliques et planantes, font s’élever l’esprit en
d’insondables méditations semblables aux volutes de la fumée de cigarette. Et
que dire des vidéo-clips, dont le vieillissement est à peine perceptible et qui
enchantent toujours par leurs trouvailles lascives ou insolites ?
Depeche
Mode, c’est un peu tout cela. Une bande de visionnaires qui a débarqué en
pleine nouvelle vague musicale et s’est choisi un nom de magazine plus adapté à
un salon de coiffure. Un groupe qui a choqué toutes les critiques en proposant
un son sans un seul accord de guitare. Synthétiseurs, boîtes à rythmes et voix.
Bien sûr, la formule a savamment évolué au fil du temps et les instruments plus
classiques ont fini par entrer dans la danse. Mais jamais les Britanniques ne
se sont reniés : leur âme est toujours là, avec un succès qui ne montre
pas de signe de faiblesse.
Depeche
Mode, pour moi, c’est trois chansons-phare, trois titres que tout le monde
devrait avoir écouté au moins une fois dans sa vie. En tête figure bien entendu
un standard devenu une référence pour bien des groupes postérieurs, le fameux
tube Enjoy the silence. La cape et la
couronne royales ont fait des émules, depuis, mais sans que jamais ces éléments
ne puissent être aussi bien employés que par le groupe. Certains animateurs de
seconde zone auront beau se moquer et répéter à tue-tête qu’il est comique
qu’un groupe ait intitulé une chanson Profite
du silence, il faut pénétrer pleinement dans cet univers pour comprendre
que la mélodie de Depeche Mode et la voix de Dave Gahan sont aussi suaves que
le silence.
Mais
il faut aussitôt partir pour le Nord du Mexique ou le Sud des États-Unis
d’Amérique. Un lupanar étrange où nul ne s’adonne à des ébats. Un cheval filmé
d’une manière fort bizarre. De faux cow-boys qui montent et descendent les
escaliers, entrent et sortent des chambres. Nous voici plongés dans un Personal Jesus devenu le plus gros tube
de Depeche Mode. Et au fond, il le mérite : l’accord de guitare initial,
les souffles évocateurs du pont musical et les paroles ambiguës et mystiques
pourraient transporter n’importe quel mélomane. Il y a dans ce titre quelque
chose de magique, d’indéfinissable, d’indicible. Il se caractérise donc avant
tout par la négativité, par ce que l’on ne peut ni exprimer ni décrire. Mais
n’est-ce pas l’essence même de Depeche Mode que la négativité ?
En
sautant d’une époque, l’on atteint le troisième titre-clef de la formation
britannique. Une chanson nettement plus récente, passée plus inaperçue que ses
deux devancières et qui mérite pourtant un détour attentif. Là où Personal Jesus consacrait le triomphe de
ce soleil de justice (comme on dirait outre-Pyrénées), cette chanson marque,
ne serait-ce que par son vidéo-clip, le triomphe de cette marche inexorable
d’un véhicule fou, qui s’emballe et ne s’arrête plus. Son nom : Wrong. Tout un programme de négativité,
une fois de plus, où le plus important sont les paroles lancinantes de Dave
Gahan et surtout ce rythme oppressant. Reproduisant les battements du cœur, il
semble devoir écraser ce dernier, le fondre dans une masse de sang versé. C’est
la plus grande force de cette chanson qui aurait mérité d’être un tube –
surtout au vu des scies que l’on nous passe à longueur de journée sur toutes
les fréquences radiophoniques. Un titre à l’image de Depeche Mode : sombre
et fascinant. Et parfait. Ou presque.
Le
temps ne semble pas avoir de prise sur la musique de ce groupe. Un peu comme si
les sons qu’il propose étaient inaltérables, gravés dans un airain inoxydable.
L’on peut à loisir écouter et réécouter les albums Black Celebration, Violator,
Playing the angel ou Sounds of the universe en se disant
qu’ils n’ont pas pris une ride, qu’aucun accord, qu’aucune note n’a vieilli
d’un pouce. C’est que Depeche Mode évoque et ressasse sans discontinuer des
thèmes qui, malgré les apparences, ne sont jamais liés à une seule époque. Les
paroles déclamées par Dave Gahan sont consubstantielles à l’être humain, mais
il y a plus. Cette musique, qui semble se répandre en une nappe d’eau qui
déborde et inonde tout, flotte dans le temps plus qu’elle ne le subit. Un peu
comme un poison huileux qui coule dans la gorge, une sorte de nectar dangereux
dont nul n’est jamais rassasié. À nouveau la négativité, le vide. Pourtant,
Depeche Mode vient combler un vide existentiel tout autant qu’il l’exprime. Une
sorte de paradoxe qui sied à merveille au groupe.
Nicolas Klein
La mesquinerie humaniste ou la misanthropie pacifiste
Les civilisations ne se valent pas. Toutefois elles
ont un point commun, celui d'exceller dans le domaine de la médiocrité et du
faux-semblant. L'homme de nature est xénophobe. La vue de l'étranger lui fait
peur. Fier de sa culture qui est un ensemble de lambeaux de chairs purulents,
l'autochtone y voit le coup de poignard fatal qui va mener sa race à
l'extinction. La race, ce sujet archaïque qui ne fait pas la différence entre
l'ignare du Périgord qui cultive son ressentiment racialiste en l'abreuvant
de bière bon marché et le jeune diplômé
de l'Ecole Polytechnique.
Le racialiste blanc exècre et admire la culture
orientale. Habitué et baignant dans son sentiment de domination grâce à
l'histoire qui reste l'œuvre des vainqueurs, L'Occident craint de ne plus
pouvoir garder cette place qui désormais est factice. Se contentant tout
simplement d'être et de ses multiples possessions matérielles, L'Occident voit
L'Orient de plus en plus proche. Cette dernière n'hésitant pas à user des vices
occidentaux pour avancer en faisant preuve de virilité quand son opposé fait
preuve de couardise.
Ah la virilité, cette caractéristique qui fait
fantasmer l'orgueil des hommes et depuis mai 68 celui des femmes. Les hommes en
jean slim et qui portent des t-shirt fluorescents en col U pensent tromper
l'homme en se vantant de mater les femmes. Sans parler de ces dernières qui
aujourd'hui s'engouffrent dans ce trou béant de la masculinité. Mais ces hommes
n'ont pas compris l'essence même de la virilité, celle qui accepte la
domination féminine qui transparait dans la finesse psychologique de la gent
féminine. Malheureusement la femme perd cette spécificité, ce qui en fait un
être androgyne qui écume les rues de Châtelet qui cherche le ticket d'or dans son seau de
poulet KFC, quand elle ne crache pas par terre tout en mâchant un chewing-gum
goût menthol pour atténuer l'odeur de la clope. Ces androgynes se retrouvent
dans un ectoplasme générateur d'un néant social. Mixant la caricature masculine
proche de l'acteur pornographique et les modèles féminins américain qui ont
souvent une sextape à leur actif, ces
êtres sont voués à crever comme des chiens errants ukrainiens en temps de
compétition sportive. Une morte lente et douloureuse... Pas sur le plan
physique, qui lui peut toujours être monnayé contre une prestation physique,
mais sur le plan intellectuel. Une atrophie cérébrale faisant suite à une
dégénérescence naturelle des neurones.
J'égratigne fortement les femmes, toutefois ce constat
est aussi valable pour le métrosexuel soit l'homme urbain qui se soucie de son
apparence au dépend du reste. Mais toute cette tambouille qui sent le pourri
est unicolore. En Occident, ou en Orient, la merde ne s'arrête pas aux
frontières. Sa couleur est peut-être plus chatoyante et agréable pour l'homme
qui n'a aucun soucis pour admirer la subversion vomitive de Golgota Picnic.
L'odeur par contre reste la même.
Occidentaux et Orientaux, entretuez-vous si cela est
votre destinée. Mais cela se fera sans moi. Peut-être que vous m'entrainerez
dans votre déchéance mais je ferai tout mon possible pour ne pas en être.
Sélim Toumi
Parlez-vous français ?
Le thème du déclin de la langue française est
souvent balayé d’un revers de main par nos responsables politiques et
culturels. Ces derniers font valoir que les discours sur la décadence sont le
lot quotidien dans l’hexagone et qu’il faut savoir prendre du recul face à des
affirmations un peu péremptoires. Dans l’absolu, je ne saurais leur donner tort.
Pourtant, en nous y intéressant d’un peu plus près, il est un paradoxe apparent
très intéressant concernant la santé de la langue française dans le monde. D’un
côté, nous avons les déclarations officielles des décideurs politiques,
culturels et économiques qui visent à nous rassurer : la langue de Molière
ne recule pas, elle n’a jamais cédé un pouce face à d’autres idiomes et il n’y
a rien à craindre à ce sujet. D’un autre côté, la réalité des chiffres et des
tendances offre un tableau nettement plus pessimiste, pour ne pas dire
alarmiste. Peut-on encore accorder du crédit aux habituels arguments irréfutables concernant l’expansion radieuse du français dans le
monde ?
« Au nom de
l’exception culturelle française, notre langue et notre culture sont valorisées
et défendues au plus haut niveau. » Ah, cette fameuse manie de l’exception
culturelle !... Certes, certaines nations (pays scandinaves, monde
germanophone, etc.) semblent avoir abandonné la partie de manière plus ou moins
visible. Pourtant, nous ne sommes pas les seuls à avoir conscience de
l’importance de notre langue et de notre culture, tant s’en faut ! Et surtout,
cela fait bien longtemps qu’au niveau linguistique, nous avons lâché prise. Il
ne s’agit pas d’être pessimiste : cet abandon est entièrement voulu et,
avec une véritable volonté politique, nous pourrions reprendre la main en
quelques décennies. Pourtant, plus le temps passe, moins nos dirigeants
politiques semblent s’intéresser à la Francophonie et au sort de la langue et
de la culture française dans le monde. Le mandat de Nicolas Sarkozy a été à cet
égard particulièrement désastreux, même s’il ne peut être l’unique responsable
du déclin du français dans le monde. Participer aux sommets de la Francophonie
ne suffit plus, d’autant plus que même l’immense majorité des citoyens français
ne saurait citer la date et le lieu du dernier congrès général de l’organisation
(c’était à Montreux, en Suisse, en 2010). Aucune médiatisation, aucune
proposition politique concrète, pas de plan ambitieux et public, rien qui
permette de promouvoir l’organisme et ses objectifs à court et long terme.
Comment se fait-il que les différentes réunions de l’Hispanité ou des sommets
de la Communauté des Pays de Langue portugaise bénéficient d’une meilleure
visibilité ? Peut-être parce que des moyens réels sont investis en ce
sens ?
« Les chiffres parlent pour nous :
plus de 700 millions de francophones et 85 millions d’étudiants dans le
monde ! » La plupart des données dans les médias sont généralement
surévaluées. Il est impossible, lorsque l’on veut évaluer la population de
langue française sur la planète, de se contenter d’additionner les chiffres
officiels de chaque pays membre de la Francophonie. Pourquoi ?
D’abord parce que le français n’y est pas officiel partout et que tous les
Albanais (ils sont près de 3 millions) ou tous les Cambodgiens (ils sont un peu
moins de 15 millions) ne pratiquent pas la langue de Molière. Ensuite parce
que, même dans les pays où le français est langue officielle, une part non
négligeable de la population ne le pratique pas. C’est notamment le cas dans
une grande partie des pays africains. La République démocratique du Congo, par
exemple, pourrait virtuellement être le plus grand pays francophone au monde
(elle est peuplée de plus de 71 millions d’habitants). Mais, dans les faits, les
Congolais ne sont que 3 millions à maîtriser réellement le français, contre 36
millions à utiliser le lingala comme lingua
franca. Si l’Afrique est bien, démographiquement et économiquement, le plus
grand « réservoir » pour la langue de Molière, rien n’est gagné en la
matière. Pour rester réalistes, nous pourrions estimer la population
francophone totale (locuteurs maternels et locuteurs secondaires) à 200
millions de personnes dans le monde, peut-être un peu plus. C’est une bonne
base, mais notre place relative (neuvième langue la plus parlée dans le monde)
montre à quel point nous avons chuté depuis la fin du xixe siècle ou même depuis 1950.
« Plus de 70 pays
parlent le français, l’une des seules langues à être parlées sur les cinq
continents ! » La Francophonie est en train de devenir une petite
copie de l’Organisation des Nations unies. Cela peut sembler bien… si ce n’est
que bon nombre des nations qui la composent ne font rien pour valoriser et
diffuser le français, malgré l’argent reçu à cette fin. Le nombre de
francophones au Vietnam et au Laos est devenu insignifiant ; il est en
chute libre ou en voie de disparition au Liban, en Égypte, en Arménie, en
Roumanie ou en Bulgarie ; il n’a jamais été réellement élevé et ne tend pas à
le devenir au Cap-Vert, en Guinée équatoriale, en Slovaquie, en Pologne, en
Hongrie, en Lituanie ou en Macédoine. Aucun de ces pays n’obtient des résultats
probants dans la défense et l’illustration de notre langue, pour ne pas dire
que la plupart d’entre eux s’en moque éperdument aujourd’hui. Alors pourquoi
dépenser de l’argent et les maintenir dans la Francophonie ?
La présence du français
s’est réduite un peu partout, et il ne faut pas se cacher derrière l’argument des cinq
continents : que peuvent peser moins de 20 millions de locuteurs natifs ou
secondaires sur plus de 900 millions en Amérique ; environ 25 millions sur
plus de 4 milliards en Asie ; ou un peu plus de 250 000 sur plus de
30 millions en Océanie ? Nos deux seuls véritables socles sont l’Afrique
et l’Europe mais, partout, nous perdons du terrain dans l’apprentissage. Le chiffre
de 85 millions d’apprenants, cité plus haut, est largement fantaisiste :
nous sommes peut-être plus proches de 10 millions en tablant large, ce qui fait
encore du français la troisième langue la plus apprise au monde, derrière
l’anglais et l’espagnol. Sur le continent américain, les États fédérés
canadiens non francophones ont relégué l’apprentissage du français au second
plan derrière l’espagnol, de même que les États-Unis d’Amérique. Au Brésil,
nous avons perdu la partie en faveur de l’espagnol et, dans les autres pays
latino-américains, en faveur du portugais, le tout dans le cadre du Mercosur.
Même en Chine ou au Japon, lorsque l’anglais et l’espagnol sont passés, il
reste peu de place pour une autre langue occidentale. Quant à l’Europe
orientale, elle vogue entre l’anglais et l’allemand, avec la pénétration
récente et rapide de la langue de Cervantès.
Pourtant, rien n’est
totalement perdu et il s’agit d’être réaliste, pas pessimiste. Le français
n’aura pas à affronter un déclin démographique et culturel aussi massif que
celui de l’allemand ou du japonais dans les décennies à venir. Deux
actions-force sont à mener :
-
Réorganiser notre action culturelle et
linguistique à l’étranger. Nous dépensions presque 900 millions d’euros en 2007
pour notre projection culturelle à l’étranger, soit 12,6% de notre budget
total. C’est à la fois trop et trop peu. Trop, parce qu’avec des sommes
nettement plus modestes, certains pays ont de meilleurs résultats que
nous (200 millions d’euros suffisent au Royaume-Uni, 90 millions à l’Espagne).
Et l’expansion « naturelle » de leur langue n’explique pas tout. Trop
peu parce qu’il y a encore dix à douze ans, nous consacrions 20,5% de notre
budget à cette tâche. J’ai conscience que la crise est passée par là, que le
temps est l’austérité aveugle. Mais de deux choses l’une : soit nous
assumons notre « mini » ONU impuissante avec un budget conséquent,
soit nous coupons dans le vif pour coller au plus près de la réalité et nous
pourrons alors dépenser moins d’argent pour plus de résultats. Il en va de même
pour nos 144 Alliances françaises dans le monde : le plus grand réseau du
monde mais des résultats moindres qu’un peu plus de 70 Instituts Cervantès. Un
peu de ménage à faire ?
-
Favoriser l’enseignement systématique,
notamment par des moyens financiers réels, du français en Afrique et, dans le
même temps, aider au développement du continent. C’est à ce prix que notre
« réservoir » linguistique sera effectif mais aussi que nous pourrons
renforcer la présence commerciale (le français n’est encore que la sixième
langue d’échanges au monde, la quatrième si on ne compte que les langues
d’origine européenne) ou dans les nouvelles technologies (la langue de Molière
est la huitième langue la plus représentée sur la toile, mais notre potentiel de croissance y est important). Ce n’est plus sur
notre passé de langue diplomatique que se joue la concurrence, désormais, mais
bien dans ces deux domaines : développement et informatique.
Nicolas
Klein
Séance Friction: 2084 – Qu'on tue Topik !
A cette époque, l'An Pire d'Itoye était gouverné alternativement par les
deux partis qui le structuraient : le Parti Dudezir et le Parti Delahaisne
Le Parti de Mr Celeste Dudézir avait pour devise « Est-ce Poire et
Attache-Ment ?» et était le lointain héritier de ce qu'on appelait autrefois la
« Goche » avec les slogans « Dezir Davenir » ou « Est-ce Poire Dugransoir ?».
C'était un parti progrés-schiste naïf, qui voyait l'age d'or dans l'oeuf Uture
et l'An Pire dans le Pas-Assez.
Le Parti de Mr Dantesque Delahaisne, qui avait pour devise « La Peur et la
Version », avait, quant a lui, ses origines dans ce qu'on appelait autrefois la
« Droate », dont les slogans étaient « Or Dici», « Elfe Haisne » ou « Au Bon
Vie Autant ». C'était un parti pseudo-réaction-nerf qui voyait l'age d'or dans
le Pas-Assez et l'An Pire dans l'Oeuf Uture.
Les Itoyens se répartissaient dans ces deux partis de manière harmonieuse,
garantissant ainsi une alternance relativement équilibrée dans la gouvernance
de l'An Pire. Ce qui faisait dire à certains que, lorsque le Parti Dudézir
gouvernait, il se risquait a nombre d'erreurs, et lorsque le Parti Delahaisne
gouvernait, il s'abstenait de les corriger. Ceux qui disaient cela étaient du
Parti de Ligne Orange, l'appartenance à un parti étant obligatoire.
Le Parti de Mr Purgatoire de Ligne Orange, avait pour devise « Un Dix Fait
Rance et Con Fusion ». Il descendait, selon certains, du « Santre », qui avait
pour slogan « Nid de Droate, Nid de Goche », ou, selon d'autres, de «
Con-Science-Dixit-Dante » , qui avaient pour slogan « Tousses Pour Rire ».
C'était un parti concert-va-triste mou, qui regroupait les uns différents, les
autres décis, et ceux dont l'aspect Dudézir et l'aspect Delahaisne étaient à
parts égales en eux. Ce n'était pas un parti de gouvernement, puisqu'il était
abstentionniste, et il voyait l'age d'or dans le prés Zan, et l'An Pire aussi
bien dans le Pas-Assez que dans l'Oeuf Uture.
Ce système fonctionnait à merveille puisqu'il était, nous disait-on, basé
sur la structure psycho-énergétique naturelle de l'être humain. A savoir:
l'énergie rouge, Sam, celle Dudézir-Attache-Ment, une énergie toujours en
excès,
l'énergie bleue, Sara, celle Delahaisne-la Version, une énergie toujours en
manque,
et l'énergie blanche, Topik, non duel et neutre, celle de la
Con-Science-Ligne Orange. D'où les couleurs Rouge-Blanc-Bleue, entourées de
lignes d'or, de l'An Pire d'Itoye.
Le tiraillement permanent entre ces deux extrêmes psycho-énergétiques, a
savoir l'Attache-Ment et la Version, étant la source de l'insatisfaction
permanente, intrinsèque à la condition humaine, était aussi la source de la
prospérité du système. C'est pour cela qu'on le nommait, l'An Pire Uni Vers
Celle Du Sam-Sara. Quand a savoir si les Itoyens y étaient heureux ? La
question ne se posait plus puisque le terme même de « Beau Neur » avait disparu
de bonne heure des dictionnaires.
Pourtant certains se la posaient, Et dans leur quête, ils avaient parfois
le bon Karma de rentrer en contact avec la branche Dixit-Dante du Parti de
Ligne Orange nommé « L'Allée Couverte ou Ligne Orange ». Là, résidait, selon ce
que prétendait cette secte, la porte du chemin qui pouvait libérer les Itoyens
de l'oppression de l'An Pire Uni Vers Celle Du Sam-Sara, par la transformation
de la Con-Fusion de celui qui s'y aventure, en sa Gesse. Par quel moyen? Je ne
saurais le dire.
Les Itoyens ayant développés suffisamment de leur Gesse, pouvaient adhérer
à celui des trois partis qui correspondait le mieux à leur nature. Cette
obligation d'adhérer à un parti n'avait plus d'importance à leurs yeux, car ils
travaillaient dorénavant, sans notion d'être réunis ou séparés, a l'avènement d'une
meilleur société, qu'ils appelaient « Le Royaume Dici et Main Tenante ».
Rendons hommage à ces Itoyens intrépides de »L'Allée Couverte ou Ligne
Orange », car c'est grâce a leurs efforts que l'An Pire Uni Vers Celle Du
Sam-Sara a relâché son emprise, et que des Dicis et des Mains Tenantes ont pu,
un peu partout devenir une réalité, pour le plus « Beau Neur » retrouvé de
leurs Cons-Itoyens !
Thierry De Vries
Que peut-on en penser ?
Finalement, il n’y aura
pas eu de surprise. Le score est certes plus serré que ne laissaient le penser
les premiers sondages, mais François Hollande est bel et bien devenu le
septième président la Cinquième République. Nicolas Sarkozy aurait peut-être
pu, avec quinze jours de plus, inverser la tendance, mais rien n’est moins sûr.
Le grand débat du 2 mai, où il devait triompher à l’image d’une bête politique
face à un candidat socialiste jugé « mou » et
« inconsistant », n’a pas eu l’effet escompté. Les analyses et
discours vont bon train depuis hier soir et continueront pendant des jours, des
semaines voire des mois. Notons d’ores et déjà que, si l’on se veut démocrate
(ce qui n’est pas mon cas, mais imaginons), l’on ne peut guère contester la
victoire de François Hollande. Quel que soit son écart avec son concurrent, il
a gagné. Et, après tout, Valéry Giscard d’Estaing est devenu président en 1974
avec une différence de voix bien moindre (450 000 environ contre plus d’un
million en 2012), tandis que Georges Pompidou a été élu en 1969 avec une
abstention record. De quoi casser par avance tous les éléments de langage de
l’ancienne majorité présidentielle. Pour ma part, je l’ai déjà dit et je n’y
reviendrai pas : c’était bonnet blanc ou blanc bonnet, la peste ou le
choléra. La crise nous rattrapera violemment, mais il en aurait été de même si
Nicolas Sarkozy avait réussi l’exploit de rempiler pour cinq ans. Dans une
interview récente, le politologue Stéphane Rozès affirmait à juste titre que le
débat s’était considérablement recentré depuis cinq à dix ans. En dehors des
trotskystes, tous les candidats affichaient les mêmes valeurs (nation,
république, rassemblement, etc.) et seuls certains (Marine Le Pen, Nicolas
Dupont-Aignan) avaient quelques propositions de fond radicalement différentes.
Ma question est donc la suivante : si rien (sauf quelques mesures
marginales) ne permet de différencier ce qui a fait gagner François Hollande et
ce qui a fait perdre Nicolas Sarkozy, que peut-on penser de ce second
tour ? Je vais essayer de développer ma réflexion en deux points – que le
lecteur me pardonne pour la longueur de cet article, ces analyses me paraissent
nécessaires.
Si ce n’est pas le
programme (ou le bilan) des deux candidats qui a primé, c’est que la différence
s’est jouée sur autre chose. Alain Soral dirait, sans doute à raison, que ce
sont les médias dominants et les marchés qui aiment la (fausse) alternance et
ont mis notre nouveau président sur le devant de la scène. Mais il me semble
qu’il n’y a pas que cela. Le plus faible écart de voix que prévu entre François
Hollande et Nicolas Sarkozy montre que c’est non seulement le premier qui a
gagné, mais que c’est surtout le second qui a perdu. Au fond, il a presque
toujours perdu, au moins depuis son entrée (tardive) en campagne. Son bilan
n’est pas bon mais, après tout, il n’est pas pire que celui que présentait
Jacques Chirac en 2002, et il faut bien reconnaître qu’il affrontait une
situation socio-économique et politique complexe. En réalité, c’est sur la
forme de sa campagne que Nicolas Sarkozy a, je pense, tout perdu. Il avait déjà
à réaliser un grand écart entre les électeurs centristes et les électeurs du
Front national. Équation impossible, nous le savons maintenant, alors que 51% des
frontistes s’étant exprimés au premier tour se sont reportés sur le candidat
conservateur. Pourtant, le grand « virage à droite » n’a pas autant effrayé qu’on a bien voulu le
dire. Son principal problème, c’est qu’il n’était pas crédible, pas naturel :
l’on y sentait trop la patte de Patrick Buisson, le président sortant lui-même
semblait ne pas y croire. Et je pense qu’il y a eu pire dans cette
campagne : la rhétorique de l’UMP et ces fameux « éléments de
langage » ont beaucoup nui à la principale formation de droite. Menacée
d’extinction totale (il ne lui reste que les élections législatives, j’y
reviendrai), elle est devenue caricaturale à force de vouloir vendre son
« capitaine dans la tempête », faisant croire que la France avait
moins souffert que d’autres pays européens. Lorsque l’on sait que le chômage
réel en France (c’est-à-dire le taux divulgué par le Pôle Emploi et le chômage
« caché ») dépasse sans doute les 20% et l’on n’a rien à envier à
l’Espagne ou à la Grèce en ce domaine.
Ces deux pays ont
souvent été cités par le fameux « président courageux » et ses
lieutenants de campagne, en mal bien entendu, tandis que l’Allemagne (où les
Allemands vivent si mal) était parée de toutes les qualités. Henri Guaino avait
beau jeu, hier soir, de critiquer le manque d’équilibre de ce bilan
présidentiel où le gagnant (François Hollande) était exempt de défauts et où le
perdant (Nicolas Sarkozy) les récoltait tous. Après tout, c’est ce que lui et
toute la majorité présidentielle faisaient avec l’Europe du Sud et nos voisins
germanophones. J’ignore si cette rhétorique de la peur (« Élisez Hollande
et vous serez dans la situation de l’Espagne ! ») a fait pencher la
balance en faveur du candidat socialiste. En tout cas, elle m’a interpelé et
écœuré – et je n’ai pas été le seul. Pour une fois, le quotidien Libération a rédigé un excellent article
à ce sujet, montrant que l’Espagne « en proie au chaos » était moins
endettée que la France. Ajoutez-y ce fameux taux de chômage réel, dont je viens
de vous parler, mais aussi la constante dégradation de la balance commerciale
franco-espagnole en faveur de Madrid pour vous faire une idée du pays qui est dans
la plus mauvaise posture. Je ne m’étendrai pas davantage sur ce sujet car j’en
ai déjà expliqué toutes les implications dans l’article intitulé « Le
retour des surhommes ». Pour autant, je veux tout de même le
réaffirmer : pouvait-on décemment faire confiance à un homme si
« courageux » qu’il tapait systématiquement sur les plus faibles et
faisait preuve d’un discours plus que douteux (et très souvent mensonger) à
leur égard ? Cela ne signifie en rien que François Hollande sera un
admirateur moins béat du modèle allemand (condamné à court terme : ce
n’est pas moi qui le dit, mais des économistes qui prévoient son implosion dès
2020) et de ce pays voué à la disparition démographique. Tout du moins se
montre-t-il moins insultant et grossier dans ses déclarations. Nicolas Sarkozy,
en tout cas, a été balayé au même titre que José Luis Rodríguez Zapatero,
Silvio Berlusconi, Geórgios Papandréou ou José Sócrates, ces dirigeants qu’il
louait ou critiquait selon la direction du vent… mais méprisait dans tous les
cas. Ils n’étaient certes pas meilleurs que notre ancien président… mais pas
pires non plus.
Le deuxième des
éléments que j’aimerais développer dans cet article, c’est la géographie
électorale de ce deuxième tour. Je vais sans doute en dire une ou deux
banalités, mais il me semble que les conclusions que je tire de ces poncifs ne
sont jamais explicitées (ou trop peu). Il suffit de prendre une carte de la
France présidentielle de 2012 pour constater une chose simple : bien que
ni François Hollande, ni Nicolas Sarkozy n’ait un projet novateur ou à la
hauteur, ils ont récolté la victoire dans deux parties assez distinctes de
l’hexagone. Pourquoi ? Parce que leur rhétorique a été la rhétorique
habituelle de leur parti, l’espoir (vain) pour les socialistes, la peur
(surfaite) pour les conservateurs. Il y aura toujours des exceptions (le Nord
ou l’Isère en faveur du PS, la Manche ou la Vendée en faveur de l’UMP). Cependant,
une ligne très claire divise aujourd’hui l’électorat français : la ligne
Le Havre-Marseille. Les écoliers de la Cinquième République, héritiers de ceux
de la Troisième, la connaissent bien. « Au Nord de cette ligne, la France
peuplée, industrielle, dynamique et riche. Au Sud, la France peu peuplée,
agricole, traditionaliste et plus modeste. » C’est ce qu’on nous apprenait
encore jusque dans les années 1980, et c’est ce qui a longtemps expliqué le
vote à gauche dans le Nord et le Nord-Est face au vote à droite dans l’Ouest et
le Sud-Ouest. Néanmoins, la situation a commencé à s’inverser à partir des
années 1970 et le phénomène s’est accéléré dans les années 1980. On le sait,
c’est aujourd’hui l’inverse qui se produit : le Nord et l’Est se vident de
leur population, de leurs activités (et pas seulement industrielles) et de leur
substance vitale tandis que l’Ouest et le Sud-Ouest gagnent en richesse, en
démographie et en poids national. Rien ne semble arrêter ce mouvement. Le Nord
et l’Est sont devenus majoritairement les représentants de la France qui a
peur, celle qui est tentée par les discours de Nicolas Sarkozy et de la droite.
L’Ouest et le Sud-Ouest sont devenus majoritairement les représentants de la
France qui y croit, qui se sent portée par le dynamisme et qui est plus
sensible à la rhétorique d’espoir de François Hollande. Des exceptions, il y en
a tant d’un côté (Strasbourg, Lyon, Grenoble, Nice) que de l’autre (la
Normandie). Mais comparez un peu les régions les plus dynamiques (et celles qui
ont la meilleure image populaire et médiatique) avec celles qui votent le plus
pour le Parti socialiste : ce dernier vient d’enregistrer un plébiscite en
Bretagne, en Aquitaine, dans le Midi-Pyrénées et dans le Languedoc-Roussillon.
En revanche, l’UMP fait le « grand chelem » ou quasiment en Alsace,
en Lorraine, en Champagne-Ardenne, en Franche-Comté et même en
Provence-Alpes-Côte-D’azur. Et si vous mettez cette carte en perspective avec
l’Europe, vous constaterez un fait simple : la prospérité semble, en
France, globalement tourner le dos aux régions proches des pays fondateurs de
l’Union européenne (Benelux, Allemagne et, dans une moindre mesure, Italie)
pour se rapprocher singulièrement des « pièces rapportées » plus ou
moins méprisées par Nicolas Sarkozy (Royaume-Uni et surtout Espagne). Cela ne
tient, à mon avis, pas du tout du hasard.
Reste à conclure cet
article un peu long (et je m’en excuse encore). Tournons-nous vers l’avenir et
vers un constat effrayant pour l’UMP et la droite parlementaire en France. Si
la majorité des électeurs font de nouveau confiance dans le Parti socialiste
aux élections législatives, alors les amis de l’ancien président auront disparu
de la surface politique hexagonale. Minoritaires dans les communes, les
départements et les régions, chassés de l’Élysée, ils ne seront plus
majoritaires que dans la représentation française au Parlement européen de
Strasbourg – une bien maigre consolation. Et il y a un parti politique (le
Front national) et une femme (Marine Le Pen) qui ont parfaitement compris le
danger d’implosion et de mort qui menace l’Union pour un Mouvement populaire.
Bien entendu, cette dernière peut l’emporter en juin prochain et s’assurer une
nouvelle cohabitation. Pourtant, soyons clairs : c’est précisément pour
éviter toute nouvelle situation de ce type que le mandat présidentiel a été
porté par Jacques Chirac à cinq ans. En tombant juste avant les comices
législatifs, l’élection présidentielle permet de donner presqu’assurément
l’avantage à la formation du nouveau chef de l’État. A l’heure actuelle, il
faudrait un séisme pour que l’UMP triomphe dans un mois. C’est possible, mais
peu probable. Le Front national n’hésitera d’ailleurs pas à prendre sa part à l’éventuelle
déroute des conservateurs en juin car il veut (à juste titre) devenir le
premier parti de l’opposition et recomposer la droite en lambeaux autour de
lui. Seul l’avenir nous dira s’il parviendra à réaliser cette aspiration. En
attendant, l’avenir est bien sombre pour l’UMP et, indépendamment, pour la
France.
Nicolas Klein
Da lo mismo que lo misma da
Bien sûr, il y a un deuxième tour dans cette élection
présidentielle. Bien sûr, rien n’est joué et il reste deux semaines à Nicolas
Sarkozy pour inverser la tendance face à François Hollande. Bien sûr, tout peut
arriver, en bien comme en mal, au nouveau paladin du Parti socialiste.
Pourtant, le scrutin qui s’est déroulé ce dimanche 22 avril est déjà riche en
enseignements et porteur de plusieurs conclusions très importantes. Que l’on
soit un démocrate convaincu ou un grand sceptique du suffrage universel (ce que
je suis), analyser ce premier vote n’est pas complètement inintéressant,
notamment parce qu’il est assez paradoxal : il offre une « surprise »
tout en ayant confirmé toutes les prévisions des instituts de sondage.
Le premier enseignement que l’on peut tirer des
résultats parvenus la semaine dernière, c’est que c’est moins François Hollande
qui l’emporte que Nicolas Sarkozy qui s’écroule. Bien entendu, leur écart à
l’issue du premier tour n’est pas mirobolant : à peine 2% les séparent.
Pourtant, et il faut bien insister sur ce point, c’est la première fois qu’un président
sortant ayant choisi de se représenter n’arrive pas en tête à ce stade de la
compétition. Il est un peu prématuré pour parler de déroute de l’Union pour un
Mouvement populaire, car il faudra attendre les résultats du 6 mai et voir si
l’avance promise au Parti socialiste (jusqu’à douze points selon certaines
enquêtes d’opinion !) se confirme. Pourtant, c’est un avertissement
sérieux donné à la droite parlementaire et plus personnellement au président de
la République, dont le score est bien inférieur à celui qu’il avait réalisé en
2007 (31,18% des suffrages exprimés). L’on a souvent dit depuis cette année-là
que Nicolas Sarkozy était un animal politique, une bête de campagne, un immense
stratège capable de manier tous les leviers à même de lui octroyer le pouvoir.
Il est indéniable que son élection face à Ségolène Royal a été rondement menée,
avec un brio que beaucoup pourraient lui envier. Pourtant, le premier tour de
l’élection de 2012 dément largement ces qualités, le président-candidat se
battant aujourd’hui davantage avec l’énergie du désespoir (il est donné perdant
dans tous les cas de figure depuis la fin de l’année 2011) qu’avec celle du
gagnant. Ce premier tour est l’aboutissement logique d’une campagne électorale
très moyenne, pour ne pas dire assez médiocre, où les ficelles habituelles
(reprise de promesses non tenues, clins d’œil à l’électorat le plus à droite de
l’échiquier politique français) n’ont pas fonctionné. En témoigne le score
exceptionnel de Marine le Pen, sur lequel je vais revenir. Face à cette
campagne plutôt décevante, François Hollande n’a pas eu à se surpasser :
il lui a suffi d’assurer son personnage tranquille, sérieux et respectable et
de ne pas commettre de gaffe irréparable. Il semble pour le moment que cette
même stratégie lui permette d’accéder à l’Elysée, notamment parce que Nicolas
Sarkozy et l’UMP continuent à jouer les enfants turbulents, pour ne pas dire
hyperactifs. Il n’est pas sûr que la proposition faite par le parti majoritaire
(organiser trois débats durant l’entre-deux-tours) joue en faveur de son
candidat : elle apparaît comme une nouvelle fausse bonne idée, sortie d’on
ne sait où et trouvée par un président sortant aux abois et sans ligne
directrice. Ce dernier paraît reproduire tout ce qui lui a valu cette mauvaise
deuxième place au premier tour, notamment la révélation d’une nouvelle promesse
électorale chaque jour. Les Français semblent lassés de l’hyper-président et
sanctionnent pour le moment l’hyper-candidat.
Mais comment se fait-il que Nicolas Sarkozy ait ainsi
perdu toutes les qualités et le charisme qui lui avaient permis de triompher il
y a cinq ans ? Peut-être parce que 2007 ne constituait pas la règle, mais
l’exception. N’oublions pas qu’en dehors de sa victoire contre Ségolène Royal,
le président sortant n’a jamais brillé par ses triomphes électoraux :
balayé à presque toutes les élections intermédiaires depuis cinq ans
(cantonales, régionales, sénatoriales), il a aussi totalement loupé le coche en
tant que directeur de la campagne d’Edouard Balladur en 1995. Il y a cinq ans,
il avait su se sublimer et profiter à merveille des faiblesses de sa principale
adversaire. Mais c’était une situation extraordinaire, au sens où elle était
hors de l’ordinaire pour Nicolas Sarkozy, qui n’a jamais réellement détenu les
qualités de stratège qu’on lui a souvent prêtées. Outre son quinquennat plus
que contestable dans tous les domaines, c’est la principale raison de son
mauvais score au premier tour. S’il peut encore tout changer d’ici à deux
semaines, l’hypothèse de sa réélection s’éloigne pour ces raisons et les barons
de la droite feraient mieux d’arrêter de chercher de fausses excuses et de
débiter leurs sempiternelles critiques sur les pays étrangers (« Oui, mais
regardez, Nicolas Sarkozy a mieux tenu que le candidat sortant dans les pays
étrangers ! », « C’est la faute à la crise ! »).
Malgré tout, ce deuxième tour n’offre donc aucune
surprise dans sa composition : tous les instituts de sondage l’avaient
prévu et, pour le moment, l’UMP ne semble pas en mesure de conserver le poste
qu’elle détient depuis 1995. Ce qui pouvait étonner ce dimanche, en revanche,
c’était l’excellent score de Marine le Pen, qui explosait le record réalisé par
son père en 2002, tant en chiffres relatifs qu’absolus et qui, par un jeu de
vases communicants, reléguait le Front de Gauche et ses rhéteurs trotskystes de
bas étages loin derrière. Surprise, oui et non. N’oublions pas que même si la
plupart de nos dirigeants politiques cherchent à nous faire croire que la
France a plutôt bien tenu face à la crise (« Regardez, c’est pire en
Espagne ou en Grèce ! »), les Français souffrent, et de plus en plus.
Or, qu’on le veuille ou non, le Front national est l’un des seuls partis à leur
offrir des solutions concrètes et cohérentes, loin de l’européisme béat et
niais de la plupart de nos élites. Il est dans ce cadre trop facile de parler
de vote contestataire. Bien sûr, Marine le Pen a bénéficié du retour des déçus
de Nicolas Sarkozy (qui n’iront donc pas voter en masse pour lui au deuxième
tour, selon toute probabilité), mais elle a réussi à créer l’adhésion et l’espoir.
Il est scandaleux de parler, comme Eva Joly, de « tache indélébile »
concernant les plus de 7 millions d’électeurs qui ont fait confiance dans le
Front national. Voilà tout le respect que la gauche bobo accorde donc aux
Français : ceux qui osent voter pour cette formation diabolisée constituent
une infâme moisissure à éliminer. Que cela plaise ou non, le parti fondé par
Jean-Marie le Pen a aujourd’hui les moyens de devenir la première formation
d’opposition – ce qu’il entend faire notamment en agissant par tous les moyens
possibles pour faire perdre Nicolas Sarkozy et faire exploser la droite
parlementaire.
Restent deux scores assez significatifs que
j’aimerais commenter, à commencer par celui d’Éva Joly, candidate d’Europe Écologie-Les
Verts. Avec à peine plus de 2%, la candidate d’origine norvégienne récolte les
mauvais fruits d’une campagne quasi inaudible, où elle n’a jamais su faire
preuve de charisme autour de sa personne. Peu lui en chaut, tout comme aux
barons de son parti, puisqu’ils ont réussi à négocier un accord plus
qu’avantageux avec le Parti socialiste pour les élections législatives, avant
même leur premier tour ! Cependant, ce piètre score témoigne clairement de
l’effondrement rapide de l’écologie politique en France : le résultat
exceptionnel obtenu aux dernières élections européennes n’était clairement
qu’un feu de paille, que Nicolas Sarkozy avait su monter en épingle pour affaiblir
le Parti socialiste. Mais aujourd’hui, même ce levier semble échapper au
président de la République. Plus intéressant, toutefois, est le très mauvais
résultat du Mouvement démocratique de François Bayrou, et ce à plus d’un titre.
Tout d’abord, le candidat du Béarn est parvenu à faire moins de la moitié de
son score de 2007 : 9,13% contre 18,57%, une chute vertigineuse qui
s’explique notamment par l’évaporation de l’effet de « nouveauté »
dont il avait bénéficié il y a cinq ans. C’est aussi son manque de charisme
patent qui a joué en sa défaveur, puisqu’il a été assez inaudible durant cette
campagne et le paye au prix fort en termes de place : il est désormais
loin d’être le troisième homme et n’est même que cinquième sur la ligne
d’arrivée. Est-ce à dire que son avenir politique est bouché ? Nul ne le
sait, mais ce qui est certain, c’est que les Français n’ont pas été convaincus
par cet homme et ce parti obnubilés par l’austérité (et qui ne semblent donc
pas voir les ravages qu’elle fait dans toute l’Europe), l’Allemagne (où les
Allemands sont loin de vivre aussi bien qu’on peut le penser) et le
« produire français » (invocation quasi magique mais totalement vaine
si, comme Bayrou et le MoDem, l’on accepte le cadre européen actuel).
Pourtant, loin de moi l’idée selon laquelle François
Hollande et Nicolas Sarkozy auraient une autre vision globale de la France.
Avec François Bayrou, ils ont présenté les variations d’un même programme et,
au deuxième tour, les Français seront donc face à un non-choix :
l’austérité de droite ou l’austérité de gauche. « Da lo mismo que lo mismo
da », diraient les Espagnols dans une admirable formule en miroir :
c’est blanc bonnet et bonnet blanc. Le second tour de la présidentielle
s’annonce donc comme une défaite caractérisée pour le pays, quel que soit le
candidat élu.
Nicolas Klein
Le jeu de cartes
Karl
Marx disait dans ses Manuscrits de 1844
que, chez l’être humain, la quantité devient qualité. En matière démographique,
c’est un fait acquis pour la plupart des économistes, géopoliticiens ou même
citoyens lambda : plus un pays est peuplé, plus il a de chances de devenir
globalement riche et puissant. Si ce n’est pas encore le cas, sa croissance en
fait un pays émergent promis à un bel avenir. Certes, il existe des exceptions
à la règle : le Nigeria ou le Bangladesh ont beau être très peuplés (avec
respectivement 162 millions et 158 millions d’habitants), ils font face à une
situation très délicate économiquement parlant tandis que l’Argentine, avec
« à peine » 40 millions d’âmes, est déjà un pays important dans la
mondialisation. Pourtant, il suffit de comparer la liste des trois pays les
plus peuplés du monde (Chine, Inde et États-Unis d’Amérique dans l’ordre
décroissant) avec la liste des dix pays les plus riches du monde pour
comprendre la corrélation entre les deux facteurs. Dans un pays industrialisé
ou en phase d’industrialisation rapide, la population est un facteur de
puissance non négligeable.
C’est
pourquoi beaucoup évoquent aujourd’hui la démographie comme l’un des éléments
permettant d’expliquer le lent déclin de l’Europe : plus petit continent
en termes de superficie, elle est aussi le moins peuplé si l’on excepte
l’Océanie. Pire encore : sous les effets du malthusianisme capitaliste, la
population européenne est appelée à stagner puis à décroître à partir des
années 2040-2050, c’est-à-dire demain. Si l’on ajoute à ce problème
démographique la crise économique et financière qui secoue actuellement le
continent, l’on obtient un cocktail au fort parfum de décadence. Pourtant, les
élites et les médias du Vieux Continent parlent encore peu de ce problème
démographique, ou uniquement dans certains contextes. Ce qui semble les gêner
le plus, au fond, c’est ce que ce déclin démographique est très inégalement
réparti sur le territoire continental et remet en cause dès aujourd’hui
l’équilibre des forces au sein de l’Union européenne et à l’extérieur de cette
organisation.
Il
est d’abord le cas de la Fédération de Russie, pays le plus peuplé d’Europe
avec un peu plus de 140 millions d’habitants, qui souffre d’un fort déficit de
natalité mais surtout d’une mortalité inquiétante. Les causes en sont multiples
(avortement, mauvaise hygiène de vie, alcoolisme, services de santé peu
performants, émigration, etc.). D’après la plupart des projections sérieuses et
objectives, le pays devrait perdre environ 20 millions d’habitants d’ici à
quarante ans, soit 14% de sa population totale. Certes, la Russie restera la
plus importante nation du continent, et d’assez loin, mais son importance dans
le fameux groupe des BRICS (dont j’ai déjà énuméré les limites sur ce blog)
risque de s’en ressentir. Quoi qu’il en soit, elle est promise à un avenir
similaire sur le plan des chiffres à celui du Japon (peuplé de 127 millions
d’habitants mais appelé à voir ce nombre se réduire dans des proportions semblables).
Cependant, son sort sera plus enviable que celui de ses voisins d’Europe
centrale et orientale. La situation est même dramatique dans certains pays
comme la Roumanie ou la Bulgarie, menacés de se vider de leur substance, même
si la Pologne, la Hongrie ou la République tchèque connaissent des problèmes du
même ordre.
Toutefois,
le tableau le plus intéressant est sans doute celui offert par ce que l’on
appelait jadis « l’Europe des quinze ». Certains pays y affichent une
croissance démographique très modeste au regard de bien d’autres nations du
monde, comme la Suède, le Danemark, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Belgique,
etc. D’autres semblent plus vigoureux, pour des raisons qui tiennent tantôt au
caractère assez traditionnel de leur société (c’est le cas de l’Irlande),
tantôt au poids de la natalité des immigrés (c’est le cas du Royaume-Uni et de
la France). Ces forts contrastes en matière démographique vont appeler une
grande redistribution du jeu de cartes européen dans les trente à quarante
années à venir, notamment parce que certaines nations d’Europe occidentale sont
promises à un déclin sans précédents.
L’on évoque souvent le
cas de l’Italie, dont la population atteint aujourd’hui 61 millions d’habitants
mais dont le taux de natalité est l’un des plus faibles au monde. Il est
certain que sa croissance démographique va en pâtir, mais les projections de
l’ONU offrent un spectacle moins alarmant que pour d’autres pays :
stagnation et légère chute d’ici à 2050. Le cas de l’Allemagne, pays le plus peuplé
et le plus riche du continent, est sans doute plus inquiétant et édifiant.
Le vieillissement de la
population est un trait partagé par l’immense majorité des pays occidentaux
(États-Unis en moins) et ne devrait donc pas davantage inquiéter outre-Rhin
qu’ailleurs, malgré les proportions qu’il va prendre. Néanmoins, à cet élément
s’ajoute un véritable écroulement démographique déjà mis en lumière par l’ONU
mais dont, étrangement, les germanolâtres français et européens ne parlent
presque pas. D’ici à 2050, un Allemand sur quatre aura disparu, comme j’en
parlais déjà dans un autre article de ce blog ; la population du pays se
réduira donc de 25% (ou d’un quart si la fraction est plus parlante), passant
d’un peu plus de 80 millions à 65 millions d’âmes. Dans le même temps, les
Français et les Britanniques seront devenus incontestablement plus nombreux,
volant donc aux Allemands de façon mécanique la place de première puissance sur
le continent, si la Russie ne s’en est pas déjà chargée. Cette perte de puissance
ne viendra pas que du vieillissement de la population et de la chute
démographique mais aussi de facteurs indirects : poids des retraites,
diminution de la population active et donc de l’innovation, plus faible poids
de l’armée, etc. Même en tenant compte de l’augmentation de la productivité, le
compte n’y sera pas.
Un
premier enseignement est à tirer de cette réorganisation géopolitique et
économique du continent : le choix de confier les clefs de l’Union
européenne à l’Allemagne est sans nul doute fort mauvais. C’est en tout cas une
décision qui ne prend en compte que le très court terme. Le deuxième
enseignement est tout aussi captivant : pour faire face à ce qui est
d’ores et déjà une pénurie de main d’œuvre, qualifiée ou non, Berlin a ouvert
les vannes de l’immigration. Des milliers de Turcs, Bosniens, Roumains,
Hongrois, Polonais, Tchèques ou Albanais viennent ainsi grossir le rang déjà
important des immigrés en Allemagne, largement sous-estimé par les statistiques
officielles. La France ne sait que trop bien depuis plusieurs décennies, et
plus encore depuis les émeutes de 2002, qu’intégrer autant de populations
marginalisées par leur langue, leur culture, leur religion et leur faible
salaire est un défi considérable que personne n’a pu relever (pas même le
Royaume-Uni). Les problèmes commencent déjà pour l’Allemagne, même si le plus
dur est à venir. Plus inquiétant encore : malgré une telle ouverture de
l’immigration, l’Allemagne perd des habitants depuis le début des années 2000,
ce qui en dit long sur l’effondrement des natalités dont elle souffre, souvent
en silence. Un troisième constat est intéressant : contrairement à ce que
l’on peut lire dans la presse dominante ou dans des revues comme Courrier international, la majeure
partie des immigrés qui entrent sur le territoire allemand ne sont pas des
Européens du Sud, malmenés par la crise et le chômage.
Il
est très amusant de voir ainsi Le Monde, Le Figaro ou Le Nouvel observateur tabler sur un déclin démographique de
l’Europe méditerranéenne sans jamais parler de l’effondrement outre-Rhin. C’est
d’autant plus comique qu’en dehors du cas très particulier de la Grèce, à
suivre de près, les récentes vagues d’immigration en provenance d’Italie,
d’Espagne ou du Portugal ne menacent pas autant leur pérennité démographique
qu’en Allemagne, notamment parce que ces départs concernent aussi un surplus
d’immigration au pays de Cervantès ou de Dante. Ensuite parce que les
projections officielles les plus récentes de l’ONU continuent de faire état
d’une augmentation démographique (certes aussi modérée que dans le reste des
pays occidentaux), malgré les récents mouvements d’émigration. L’Espagne
devrait ainsi atteindre 50 millions d’habitants autour de 2040, contre 47
millions aujourd’hui. Au demeurant, l’immense majorité des Portugais ou des
Espagnols qui désirent partir pour des contrées plus favorables économiquement
choisissent le plus souvent leur ancien Empire colonial (Brésil, Mexique,
Argentine, Venezuela, Angola, etc.) ou même les États-Unis. Parmi les
continents pour lesquels ils optent, l’Europe n’arrivent donc qu’en seconde
position, assez logiquement puisque ses perspectives d’emploi et
d’enrichissement sont aujourd’hui bien moindres. Et même si l’on ne se
concentre que sur l’Union européenne, la France et le Royaume-Uni accueillent
bien plus d’émigrés en provenance d’Europe du Sud que l’Allemagne. Cette
dernière, comme en parlait récemment un intéressant article du site MyEurope,
peine à attirer de jeunes qualifiés en provenance d’Italie, d’Espagne ou du
Portugal étant donné son déficit d’image et l’obligation d’apprendre
l’allemand, langue largement minoritaire dans un monde globalisé, pour y
travailler.
Un
dernier enseignement est à tirer de cette situation particulièrement édifiante
en Europe occidentale. Ce n’est pas la crise économique qui tue un pays, même
si elle peut l’affaiblir sur une décennie ou deux : les phases de
croissance et de crise connaissent des alternances que connaissent déjà bien
les pays d’Europe méditerranéenne. C’est en revanche la disparition, même
partielle, de la population d’un pays qui finit par tuer ledit pays, ce qui est
encore plus vrai lorsque cette nation cherche à combler son déficit de natalité
avec des immigrés qu’elle ne parviendra pas à assimiler. La projection
internationale d’un pays peut être amenuisée par des difficultés économiques,
mais cette situation est provisoire, là où elle est durable, voire définitive,
lorsque c’est la démographie qui pose problème. Le cas de l’Allemagne est très
parlant : à l’image de sa voisine germanophone, l’Autriche, elle a depuis
plusieurs décennies bien des difficultés à rendre sa culture et son idiome
séduisants. « La langue accompagne toujours l’Empire » disait le
grammairien espagnol Antonio de Nebrija dans le prologue à sa grammaire de
1492 : les implications culturelles, économiques, sociales, de prestige,
etc. qui entourent la langue sont évidentes. En cela, Espagnols, Portugais,
Français et Britanniques n’ont pas à s’inquiéter : leurs anciennes
colonies jouent pour eux dans diverses proportions. En revanche, voilà de quoi
remettre en cause la vision actuelle de l’Europe et de l’Allemagne.
Nicolas Klein







