Le jeu de cartes



Karl Marx disait dans ses Manuscrits de 1844 que, chez l’être humain, la quantité devient qualité. En matière démographique, c’est un fait acquis pour la plupart des économistes, géopoliticiens ou même citoyens lambda : plus un pays est peuplé, plus il a de chances de devenir globalement riche et puissant. Si ce n’est pas encore le cas, sa croissance en fait un pays émergent promis à un bel avenir. Certes, il existe des exceptions à la règle : le Nigeria ou le Bangladesh ont beau être très peuplés (avec respectivement 162 millions et 158 millions d’habitants), ils font face à une situation très délicate économiquement parlant tandis que l’Argentine, avec « à peine » 40 millions d’âmes, est déjà un pays important dans la mondialisation. Pourtant, il suffit de comparer la liste des trois pays les plus peuplés du monde (Chine, Inde et États-Unis d’Amérique dans l’ordre décroissant) avec la liste des dix pays les plus riches du monde pour comprendre la corrélation entre les deux facteurs. Dans un pays industrialisé ou en phase d’industrialisation rapide, la population est un facteur de puissance non négligeable.

C’est pourquoi beaucoup évoquent aujourd’hui la démographie comme l’un des éléments permettant d’expliquer le lent déclin de l’Europe : plus petit continent en termes de superficie, elle est aussi le moins peuplé si l’on excepte l’Océanie. Pire encore : sous les effets du malthusianisme capitaliste, la population européenne est appelée à stagner puis à décroître à partir des années 2040-2050, c’est-à-dire demain. Si l’on ajoute à ce problème démographique la crise économique et financière qui secoue actuellement le continent, l’on obtient un cocktail au fort parfum de décadence. Pourtant, les élites et les médias du Vieux Continent parlent encore peu de ce problème démographique, ou uniquement dans certains contextes. Ce qui semble les gêner le plus, au fond, c’est ce que ce déclin démographique est très inégalement réparti sur le territoire continental et remet en cause dès aujourd’hui l’équilibre des forces au sein de l’Union européenne et à l’extérieur de cette organisation.

Il est d’abord le cas de la Fédération de Russie, pays le plus peuplé d’Europe avec un peu plus de 140 millions d’habitants, qui souffre d’un fort déficit de natalité mais surtout d’une mortalité inquiétante. Les causes en sont multiples (avortement, mauvaise hygiène de vie, alcoolisme, services de santé peu performants, émigration, etc.). D’après la plupart des projections sérieuses et objectives, le pays devrait perdre environ 20 millions d’habitants d’ici à quarante ans, soit 14% de sa population totale. Certes, la Russie restera la plus importante nation du continent, et d’assez loin, mais son importance dans le fameux groupe des BRICS (dont j’ai déjà énuméré les limites sur ce blog) risque de s’en ressentir. Quoi qu’il en soit, elle est promise à un avenir similaire sur le plan des chiffres à celui du Japon (peuplé de 127 millions d’habitants mais appelé à voir ce nombre se réduire dans des proportions semblables). Cependant, son sort sera plus enviable que celui de ses voisins d’Europe centrale et orientale. La situation est même dramatique dans certains pays comme la Roumanie ou la Bulgarie, menacés de se vider de leur substance, même si la Pologne, la Hongrie ou la République tchèque connaissent des problèmes du même ordre.

Toutefois, le tableau le plus intéressant est sans doute celui offert par ce que l’on appelait jadis « l’Europe des quinze ». Certains pays y affichent une croissance démographique très modeste au regard de bien d’autres nations du monde, comme la Suède, le Danemark, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Belgique, etc. D’autres semblent plus vigoureux, pour des raisons qui tiennent tantôt au caractère assez traditionnel de leur société (c’est le cas de l’Irlande), tantôt au poids de la natalité des immigrés (c’est le cas du Royaume-Uni et de la France). Ces forts contrastes en matière démographique vont appeler une grande redistribution du jeu de cartes européen dans les trente à quarante années à venir, notamment parce que certaines nations d’Europe occidentale sont promises à un déclin sans précédents.

L’on évoque souvent le cas de l’Italie, dont la population atteint aujourd’hui 61 millions d’habitants mais dont le taux de natalité est l’un des plus faibles au monde. Il est certain que sa croissance démographique va en pâtir, mais les projections de l’ONU offrent un spectacle moins alarmant que pour d’autres pays : stagnation et légère chute d’ici à 2050. Le cas de l’Allemagne, pays le plus peuplé et le plus riche du continent, est sans doute plus inquiétant et édifiant.

Le vieillissement de la population est un trait partagé par l’immense majorité des pays occidentaux (États-Unis en moins) et ne devrait donc pas davantage inquiéter outre-Rhin qu’ailleurs, malgré les proportions qu’il va prendre. Néanmoins, à cet élément s’ajoute un véritable écroulement démographique déjà mis en lumière par l’ONU mais dont, étrangement, les germanolâtres français et européens ne parlent presque pas. D’ici à 2050, un Allemand sur quatre aura disparu, comme j’en parlais déjà dans un autre article de ce blog ; la population du pays se réduira donc de 25% (ou d’un quart si la fraction est plus parlante), passant d’un peu plus de 80 millions à 65 millions d’âmes. Dans le même temps, les Français et les Britanniques seront devenus incontestablement plus nombreux, volant donc aux Allemands de façon mécanique la place de première puissance sur le continent, si la Russie ne s’en est pas déjà chargée. Cette perte de puissance ne viendra pas que du vieillissement de la population et de la chute démographique mais aussi de facteurs indirects : poids des retraites, diminution de la population active et donc de l’innovation, plus faible poids de l’armée, etc. Même en tenant compte de l’augmentation de la productivité, le compte n’y sera pas.

Un premier enseignement est à tirer de cette réorganisation géopolitique et économique du continent : le choix de confier les clefs de l’Union européenne à l’Allemagne est sans nul doute fort mauvais. C’est en tout cas une décision qui ne prend en compte que le très court terme. Le deuxième enseignement est tout aussi captivant : pour faire face à ce qui est d’ores et déjà une pénurie de main d’œuvre, qualifiée ou non, Berlin a ouvert les vannes de l’immigration. Des milliers de Turcs, Bosniens, Roumains, Hongrois, Polonais, Tchèques ou Albanais viennent ainsi grossir le rang déjà important des immigrés en Allemagne, largement sous-estimé par les statistiques officielles. La France ne sait que trop bien depuis plusieurs décennies, et plus encore depuis les émeutes de 2002, qu’intégrer autant de populations marginalisées par leur langue, leur culture, leur religion et leur faible salaire est un défi considérable que personne n’a pu relever (pas même le Royaume-Uni). Les problèmes commencent déjà pour l’Allemagne, même si le plus dur est à venir. Plus inquiétant encore : malgré une telle ouverture de l’immigration, l’Allemagne perd des habitants depuis le début des années 2000, ce qui en dit long sur l’effondrement des natalités dont elle souffre, souvent en silence. Un troisième constat est intéressant : contrairement à ce que l’on peut lire dans la presse dominante ou dans des revues comme Courrier international, la majeure partie des immigrés qui entrent sur le territoire allemand ne sont pas des Européens du Sud, malmenés par la crise et le chômage.
            
Il est très amusant de voir ainsi Le Monde, Le Figaro ou Le Nouvel observateur tabler sur un déclin démographique de l’Europe méditerranéenne sans jamais parler de l’effondrement outre-Rhin. C’est d’autant plus comique qu’en dehors du cas très particulier de la Grèce, à suivre de près, les récentes vagues d’immigration en provenance d’Italie, d’Espagne ou du Portugal ne menacent pas autant leur pérennité démographique qu’en Allemagne, notamment parce que ces départs concernent aussi un surplus d’immigration au pays de Cervantès ou de Dante. Ensuite parce que les projections officielles les plus récentes de l’ONU continuent de faire état d’une augmentation démographique (certes aussi modérée que dans le reste des pays occidentaux), malgré les récents mouvements d’émigration. L’Espagne devrait ainsi atteindre 50 millions d’habitants autour de 2040, contre 47 millions aujourd’hui. Au demeurant, l’immense majorité des Portugais ou des Espagnols qui désirent partir pour des contrées plus favorables économiquement choisissent le plus souvent leur ancien Empire colonial  (Brésil, Mexique, Argentine, Venezuela, Angola, etc.) ou même les États-Unis. Parmi les continents pour lesquels ils optent, l’Europe n’arrivent donc qu’en seconde position, assez logiquement puisque ses perspectives d’emploi et d’enrichissement sont aujourd’hui bien moindres. Et même si l’on ne se concentre que sur l’Union européenne, la France et le Royaume-Uni accueillent bien plus d’émigrés en provenance d’Europe du Sud que l’Allemagne. Cette dernière, comme en parlait récemment un intéressant article du site MyEurope, peine à attirer de jeunes qualifiés en provenance d’Italie, d’Espagne ou du Portugal étant donné son déficit d’image et l’obligation d’apprendre l’allemand, langue largement minoritaire dans un monde globalisé, pour y travailler.

Un dernier enseignement est à tirer de cette situation particulièrement édifiante en Europe occidentale. Ce n’est pas la crise économique qui tue un pays, même si elle peut l’affaiblir sur une décennie ou deux : les phases de croissance et de crise connaissent des alternances que connaissent déjà bien les pays d’Europe méditerranéenne. C’est en revanche la disparition, même partielle, de la population d’un pays qui finit par tuer ledit pays, ce qui est encore plus vrai lorsque cette nation cherche à combler son déficit de natalité avec des immigrés qu’elle ne parviendra pas à assimiler. La projection internationale d’un pays peut être amenuisée par des difficultés économiques, mais cette situation est provisoire, là où elle est durable, voire définitive, lorsque c’est la démographie qui pose problème. Le cas de l’Allemagne est très parlant : à l’image de sa voisine germanophone, l’Autriche, elle a depuis plusieurs décennies bien des difficultés à rendre sa culture et son idiome séduisants. « La langue accompagne toujours l’Empire » disait le grammairien espagnol Antonio de Nebrija dans le prologue à sa grammaire de 1492 : les implications culturelles, économiques, sociales, de prestige, etc. qui entourent la langue sont évidentes. En cela, Espagnols, Portugais, Français et Britanniques n’ont pas à s’inquiéter : leurs anciennes colonies jouent pour eux dans diverses proportions. En revanche, voilà de quoi remettre en cause la vision actuelle de l’Europe et de l’Allemagne.

Nicolas Klein


À la croisée des mondes




La ville d’Albarracín, méconnue du flot de touristes qui débarque chaque année sur les plages ou dans les grandes métropoles espagnoles, pourrait presqu’être une carte postale parfaite pour le pays. Encerclée par les Monts Universels et le fleuve Guadalaviar, cette bourgade d’à peine plus de mille habitants offre au spectateur une vue imprenable sur ses clochers aux couleurs chamarrées. Intrigantes et superbes, ces tours ont été construites dans le plus pur style mudéjar, qui consistait à adapter durant l’époque moderne les techniques de construction musulmanes aux édifices chrétiens. De nombreuses autres villes aragonaises présentent ce visage étonnant, comme Teruel et sa Tour Saint-Martin ou sa Cathédrale Sainte-Marie. Le phénomène n’est pas limité à cette communauté autonome : partout, même en Catalogne ou Pays basque, la trace architecturale musulmane est visible. Les visiteurs du château de Tárrega, dans la province de Lérida, pourraient en témoigner.

Alcazars convertis en châteaux, mosquées transformées en cathédrales, minarets devenus clochers, tant de témoignages d’un passé brillant et conflictuel qui enchantent les visiteurs d’Andalousie, des deux Castilles ou d’Estrémadure, mais aussi de la Communauté valencienne, des Baléares, etc. Et les musulmans, durant les huit siècles d’occupation de la péninsule ibérique (711-1492), ont laissé bien d’autres traces de leur passage, léguant ainsi aux chrétiens leurs techniques architecturales, leur art de l’irrigation (l’ancêtre des fameuses « huertas »), une part de leur littérature (comme la « jarcha ») mais aussi une bonne part de leur langue. Le nombre de mots de vocabulaire inscrits dans le lexique plus ou moins courant en castillan – depuis « alcachofa » (artichaut) jusqu’à « alcoba » (chambre) en passant par « hasta » (jusque), « ojalá » (pourvu que, déformation directe de « inch’Allah ») ou « olé » (déformation directe de « Allah ») – est assez impressionnant. L’abondance de toponymes d’origine arabe ne l’est pas moins : Madrid (« la source d’eau »), Albacete (« la plaine »), Guadalajara (« la vallée de pierres »), Medina Sidonia, Medina del Campo, etc. De très bons sociologues et anthropologues, à l’instar de Juana Ruiz Ágora, ont aussi souligné que, malgré le processus de mondialisation et de nivellement des sociétés dans le monde entier, d’importantes traces du comportement et de la perception du monde chez les Espagnols sont héritées de la période musulmane.

L’Espagne, sans doute plus que l’immense majorité des pays européens mais à l’image du Portugal ou de la Grèce, est un pays à la croisée des mondes, à la limite de l’Europe et de l’Afrique du Nord, sans appartenir vraiment ni à l’un, ni à l’autre de ces continents. Sa culture et sa religion sont certes majoritairement européennes ; pourtant, les marques du monde arabo-musulman y sont si profondes qu’elles modifient profondément l’identité du pays. De la même façon, le pays est durablement marqué par son expérience américaine, qui a duré plus de quatre siècles (1492-1898) et a autant influencé le Nouveau-Monde que le Vieux-Monde. Le nombre de mots d’origine indigène en espagnol est ainsi très élevé, mais c’est aussi le paysage, l’histoire et l’administration du pays qui sont empreints des grandes découvertes. Quiconque a déjà visité les Archives Générales des Indes de Séville ou les « lugares colombinos » du pays (monastères et bâtiments par lesquels est passé Christophe Colomb) ne peut en être que convaincu. D’ailleurs, la diplomatie et les décisions culturelles et linguistiques pratiquées depuis Madrid sont souvent tournées en priorité vers l’Amérique latine.

Ainsi, à cheval sur trois mondes, à la croisée de trois continents, tendue dans trois directions différentes, l’Espagne jouit et souffre tout à la fois d’une identité riche et complexe qui arrive aujourd’hui à un point critique. L’adhésion à l’Union européenne, formalisée le 1er janvier 1986, a en effet constitué un choix décisif pour le pays. La nation espagnole a tourné le dos à des siècles d’histoire, a rejeté la « voie ibérique » qui consistait à assumer la tricontinentalité du pays (Europe méditerranéenne, Afrique du Nord, Amérique latine) pour fixer ses regards vers Bruxelles et Paris. La crise que vit actuellement le pays, et qui accentue un fort désenchantement vis-à-vis de l’Europe apparu dans les années 1990, n’est par conséquent pas qu’économique, financière ou sociale : elle est aussi identitaire et culturelle. En reniant ainsi l’ensemble de son passé et de son idiosyncrasie propre (beaucoup diront de son métissage, car les siècles d’occupation romaine, wisigothique, musulmane et chrétienne ont créé une identité ethnique particulière), l’Espagne a sans doute commis la plus grande erreur de toute son histoire. L’Union européenne a-t-elle conscience que son échec actuel vient en partie de l’intégration de pays qui, comme l’Espagne, ne sont pas exactement ou pas seulement européens ? Sans doute, mais l’on connaît son cynisme légendaire. L’Espagne a-t-elle conscience de la spécificité de son identité et de la crise qu’elle traverse ainsi depuis bien avant 2008 ? En partie seulement. Mais il n’est pas trop tard, ni pour elle, ni pour d’autres nations comme le Portugal ou la Grèce. Le réveil national sera une nécessité et est peut-être plus proche que nous ne le croyons…

Nicolas Klein


Le retour des surhommes


              
              À toute chose, malheur est bon. La crise qui secoue l’Europe et la zone euro depuis maintenant près de quatre ans a en effet au moins un mérite : les masques tombent. Pour qui veut bien être honnête et voir les réalités telles qu’elles sont, il apparaît aujourd’hui comme une évidence que la grande « solidarité » des « peuples-frères » de l’Union européenne est un leurre. Mais le lent délabrement de la monnaie unique a des conséquences plus lourdes que prévu. Mais qu’est-ce qui pourrait être plus grave qu’un tel chaos économique ? La réponse est simple : l’idéologie dominante des médias, de la politique ou de certains milieux sociaux. Mais remontons un peu dans le temps.

  Il y a quelques mois à peine, une polémique apparemment sans intérêt surprenait la France en pleine préparation de la campagne présidentielle. Arnaud Montebourg estimait alors que la gestion de l’Allemagne et de l’Union européenne par la chancelière Angela Merkel était « bismarckienne ». Le message était limpide et ce n’était évidemment pas l’Otto von Bismarck de l’État-providence qui était cité. Dans une France qui a eu à souffrir de la politique impériale prussienne au XIXe siècle, l’allusion faisait l’effet d’une bombe. Aussitôt, tout le parti de la majorité présidentielle (Nicolas Sarkozy et François Fillon en tête) hurlait à la « germanophobie », à la manière d’un attroupement de pucelles, évoquant même les « relents nauséabonds » d’une « rhétorique d’un autre temps ». Débat stérile et passager ? En partie seulement.

 En effet, l’UMP et, avec elle, une partie de l’électorat français, se trouve aujourd’hui dans une crise aiguë de germanolâtrie. Tout comme le Royaume-Uni et l’Espagne lors de la campagne de 2007, notre bien-aimé président présente depuis plusieurs mois l’Allemagne comme un modèle absolu et indépassable, dont la résistance à la crise laisse en effet songeur. Inutile de démonter ici point par point ce modèle. Nombreux sont les intervenants de tous bords, souvent fins connaisseurs de l’économie, qui montrent à quel point il est dû à des avantages quasi déloyaux (configuration actuelle de l’euro) ou à une destruction du tissu social du pays (précarité du travail, faiblesse de la consommation intérieure, écroulement démographique, difficultés du quotidien, etc.) Mais au fond, même si l’Allemagne était réellement un « modèle » (et d’où vient cette manie de plaquer un « modèle » unique partout ?), ces réactions de bon ton contre la germanophobie supposée d’Arnaud Montebourg sont ridicules et révélatrices.

 Ridicules, d’une part, car le ténor socialiste n’a jamais généralisé concernant le peuple allemand mais a dénoncé la politique d’une femme ou, à tout le plus, d’une administration. Où est donc la xénophobie dans tout cela ? Révélatrices, d’autre part, car ce qui est en cause, c’est la pensée unique. Pour une fois, un membre du Parti socialiste a osé critiquer la politique allemande, dans une audace visiblement démesurée pour le parti majoritaire, évoquer la politique en des termes peu louangeurs. Sont antisémites pour les pro-sionistes tous ceux qui critiquent la politique d’Israël. Sont germanophobes aux yeux de la droite française tous ceux qui critiquent la politique ou l’économie de l’Allemagne. Vénérer notre voisin d’outre-Rhin serait donc devenu une condition sine qua non pour exprimer des idées dans l’hexagone ?

            Mais il y a plus fort. Et plus inquiétant. Dans le même temps, la situation de la Grèce est devenue une sorte de nouveau point Godwin de la politique. La France n’est pas la seule touchée par l’épidémie, mais le discours prend un tour particulier dans la bouche de Nicolas Sarkozy et de ses disciples. Pour dire que la France va bien (ou en tout cas pas si mal), il s’agit sans cesse de la comparer à la Grèce (ou même, quand l’occasion se présente, à l’Italie, à l’Espagne, au Portugal…) pour rassurer nos braves concitoyens. Un peu comme si on voulait vanter l’état médiocre de notre système scolaire en le comparant avec celui du Malawi (que les Malawites me pardonnent). Il faut évidemment une énorme dose de lâcheté intellectuelle et une grosse poignée de culot pour penser qu’une telle argumentation va passer. Mais elle passe, car elle est habilement relayée par les médias de masse. Ces mêmes médias de masse, toujours plus que complaisants avec le           « modèle » allemand, pas à un mensonge ou une contre-vérité près, donnent une image de la Grèce plus que douteuse. J’ai bien dit une image de la Grèce, pas de l’économie ou de la politique de la Grèce, mais bien de la Grèce en tant que nation et des Grecs en tant que peuple. Ajoutez à la couardise politique de l’UMP et au panurgisme des grands médias un discours ambiant délétère et vous obtenez cette fois-ci une véritable atmosphère raciste. Mais en quoi peut-il être xénophobe, ce discours ? En ce qu’il met tous les Grecs dans le même sac et affirme péremptoirement qu’ils ont affreusement péché : par fainéantise, par corruption, par mensonge, par tricherie et qu’il faut maintenant les punir.
           
            Le cliché s’étend ensuite à tous les pays d’Europe méditerranéenne (n’est-ce pas connu qu’au soleil, on travaille moins ?), contre toutes les statistiques européennes officielles d’ailleurs. Il ne s’agit pas de dédouaner le gouvernement grec de ses responsabilités ni de dire que la Grèce est un État frôlant la perfection. Il s’agit plutôt de relativiser, de nuancer (acte quasi surhumain pour beaucoup, certes) et de dépasser les analyses de comptoir. Le premier pas, facilement réalisable pour qui se donne la peine de se renseigner sérieusement, est de comprendre que les Grecs, Italiens, Espagnols ou Portugais sont loin d’être les uniques « coupables » de la crise. Mais même si leur responsabilité étaient aussi lourde qu’on le dit ? Généraliser à leur sujet pour les insulter et en faire des êtres naturellement et intrinsèquement incapables de travail, de rigueur, de sérieux, de sacrifice pour le bien commun, voilà le vrai racisme ! Je le répète : le discours général n’est plus à dire que Madrid ou Rome ne sont pas des modèles (ce qui serait intellectuellement acceptable) mais bien à disqualifier systématiquement nos « amis » du Sud pour ce qu’ils sont. Et à l’hellénophobie ambiante s’ajoute la punition infligée à Athènes ou Lisbonne, car nous ne donnons aucune somme d’argent mais prêtons à des taux usuraires (et en échange d’une rigueur intenable qu’aucun Français n’accepterait).
    
           Le capitalisme européen, qui exhibait fièrement son antiracisme mielleux et sa solidarité à trois francs six sous, est peut-être le réinventeur du mythe du sous-homme et du surhomme. On me pardonnera ce point Godwin : il ne fait que répondre à un autre. Car il faut avouer qu’il est plus que choquant de disqualifier les Grecs pour ce qu’ils sont naturellement et intrinsèquement (et bien sûr de toute éternité : comment cela pourrait-il changer ?). Et il est également douteux de faire des Allemands en général des êtres naturellement et intrinsèquement supérieurs, plus travailleurs, plus disciplinés, plus efficaces… ou même plus propres. C’est en effet un peu le sens de la crise « concombres espagnols », dont le dénouement est absolument édifiant : non seulement le problème venait d’Allemagne, mais cette dernière a également refusé de dédommager les agriculteurs qu’elle avait injustement et hâtivement accusé. Au fond, dans l’esprit politique allemand (et nord-européen), les fameux légumes incriminés ne pouvaient venir que d’une Andalousie qui nourrit une énorme partie de l’Europe… mais a le malheur de ne pas figurer au rang des glorieux Länder germaniques, si hygiéniques et responsables.
            
            Où sont ceux qui crient à la germanophobie à tort et à travers lorsque qu’une xénophobie plus pernicieuse s’exerce contre la Grèce ou les pays méditerranéens ? Leur silence est tonitruant. Et éloquent : c’est indéniablement le signe du retour des surhommes.

Nicolas Klein


La grande erreur




La crise de la zone euro ne cesse de faire des ravages et de s’aggraver. Les « solutions » trouvées par les bureaucrates bruxellois et le formidable « couple » franco-allemand, faites de bric et de broc, échouent lamentablement les unes après les autres. La « cure d’austérité » imposée à la Grèce s’apparente de plus en plus à une punition. Les médias nous le répètent suffisamment en alignant bien des mensonges et contre-vérités : cette crise est particulièrement virulente dans les pays d’Europe méditerranéenne (Grèce, Portugal, Espagne, Italie). En dehors de l’Irlande, tous les pays sous « assistance respiratoire » sont issus de cette zone géographique.

L’objectif n’est pas ici de discuter des causes et conséquences de cette crise économique et financière, beaucoup plus complexes que ne veulent le croire les Européens du Nord, persuadés de leur supériorité intrinsèque. Il s’agit davantage de s’interroger sur un élément dont l’ampleur risque vite de dépasser toutes les autorités continentales : les conséquences, à moyen et long terme, de l’affaiblissement (provisoire) de l’Europe méditerranéenne en matière politique, diplomatique et géostratégique.

L’Europe de l’Ouest, qui regroupe la majeure partie des citoyens de l’Union européenne, est une zone de calme relatif. Nul ne peut sincèrement imaginer aujourd’hui, par exemple, un affrontement entre la France et l’Allemagne – et, à ce titre, l’on se demande qui croit encore vraiment à la fable de la « réconciliation franco-allemande » comme moteur et facteur de stabilité de l’Union… Les Balkans du Nord (Slovénie, Croatie, Serbie…) sont sur la pente d’une stabilisation, tout du moins apparente, même si ceux du Sud (Macédoine, Albanie) restent problématiques. Les principaux défis de l’Union européenne se trouvent désormais à ses frontières, à ses « marches » : les relations avec la Russie (et, par conséquent, avec la Biélorussie et l’Ukraine), le voisinage méditerranéen, les rapports avec la Turquie et le Moyen-Orient. Malgré leur profonde incompétence, une partie des dirigeants européens a fini par le comprendre dans le cadre du processus de Barcelone, avec la création de l’Union pour la Méditerranée. Mais cette organisation, aujourd’hui au point mort, a été « tuée » dans l’œuf par une Allemagne qui avait parfaitement compris que cela supposerait un affaiblissement diplomatique de l’Europe du Nord. Pourtant, les relations de l’Europe avec la Russie de Vladimir Poutine et avec le pourtour méditerranéen sont plus que jamais des priorités. Pour des raisons historiques, économiques et géographiques, ce sont les pays d’Europe méditerranéenne qui sont à même de faire aller le continent de l’avant sur ces questions.

À la frontière avec les Balkans, la Turquie et le Levant, la Grèce pourrait jouer un rôle-clef dans la stabilisation de la zone. Elle le fait déjà (mais bien seule) lorsqu’elle assiste militairement la Macédoine dans sa lutte contre l’Islam salafiste soutenu par l’Albanie et les États-Unis, par exemple. Ses relations avec la Turquie sont très problématiques mais elle reste une interface très précieuse vers Ankara ou vers Beyrouth. Il en va de même pour la Russie, qui a toujours cherché un accès à la Méditerranée, l’a trouvé avec la Syrie et tient l’affaire syrienne entre ses mains.

Historiquement, l’Italie a des liens avec la Libye, son ancienne colonie qu’elle a perdue après la Seconde Guerre Mondiale. Elle y est certes diversement appréciée mais n’en est pas moins un partenaire économique indissociable de Tripoli. La France a beaucoup perdu de son crédit au Maghreb mais reste un acteur important de la politique et de l’économie en Tunisie et au Maroc. Son action linguistique y est tout aussi primordiale. Enfin, l’Espagne est le deuxième partenaire économique du Maroc et le premier de l’Algérie, laquelle préfère traiter avec Madrid plutôt qu’avec Paris. La question linguistique n’est pas absente du débat étant donné les très importantes minorités hispanophones du Nord du Maroc et de l’Algérie, tandis que l’Espagne joue parfaitement son rôle de médiateur dans l’affaire du Sahara occidental.

Face à toutes ces questions, ce n’est pas à l’Allemagne, à la Suède ou à l’Autriche qu’il faut faire appel. Deux autres raisons poussent à relativiser encore plus le rôle du fameux « cœur » de l’Union européenne. La première est la montée en puissance de toute l’Amérique latine, avec le Brésil, le Mexique et l’Argentine en tête. Outre les aspects linguistiques, culturels et historiques, capitaux en la matière, l’Espagne (et dans une moindre mesure le Portugal) jouent un rôle économique énorme dans la zone… qui n’intéresse en rien Bruxelles ! Madrid détient le deuxième stock d’investissements sur place (après Washington) et, si la Chine finira bien par dépasser l’Espagne en la matière, cette dernière y conservera une forte influence ne serait-ce que pour les liens forts qu’elle y entretient, avec la participation active des pays latino-américains. Le deuxième facteur qui doit pousser à relativiser la place des pays du « cœur » européen est leur effondrement démographique, particulièrement en Allemagne (un Allemand sur quatre devrait disparaître d’ici à 2050 selon l’ONU !). Limité géographiquement, culturellement et géopolitiquement, le monde germanique et scandinave voit aussi les multinationales françaises profiter de leur force en Afrique et les grandes banques et entreprises espagnoles passer le cap de la crise sans difficulté systémique grâce à leur forte implantation en Amérique latine. L’affaiblissement de l’Europe méditerranéenne, particulièrement en Espagne et au Portugal, ne durera pas éternellement. Il suffit de constater que Madrid réussit aujourd’hui à faire ce dont la France est incapable depuis plus de dix ans, c’est-à-dire augmenter ses exportations dans bien des secteurs, mais aussi à mener une politique linguistique et culturelle efficace pour les 500 millions d’hispanophones au monde.

Pourtant, le discours médiatique et politique dominant continue de présenter le « cœur » de l’Europe comme l’acteur majeur du continent et de l’Union… et ce pour l’éternité. Pourquoi ? Sans doute parce que beaucoup se refusent à voir ce qu’ils constatent pourtant objectivement : l’effondrement démographique allemand et le caractère inaudible de sa culture à l’échelle internationale vont mener à une profonde redistribution des cartes (une baisse de la population allemande aussi importante diminuera forcément son poids économique global). Mais aussi parce que beaucoup de nos élites sont issues du monde des années 1950, 1960 et 1970, où seule la Triade (Europe des « pères fondateurs », États-Unis d’Amérique et Japon) comptait.  Les pays d’Europe méditerranéenne étaient encore repliés sur eux-mêmes, l’Amérique latine n’existait pas, l’Afrique achevait son lent processus de décolonisation… Mais le monde a changé à tous points de vue et ce changement nous ramène à un constat simple : l’Europe est une péninsule de l’ensemble eurasiatique. Qui songerait à chercher un cœur à la queue d’une poêle ou d’une pomme ? Pourtant, la queue de la poêle ou de la pomme ont une utilité certaine : permettre de saisir la poêle ou d’accrocher la pomme à sa branche, c’est-à-dire de faire communiquer la poêle ou la pomme avec d’autres éléments. Contrairement à ce que peuvent dire trop promptement certains chercheurs de l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques, le rôle des péninsules et de toute l’Europe méditerranéenne sera majeur à l’avenir. Le temps du « bloc continental » européen, où le « cœur » domine, est aujourd’hui plus proche de sa fin que de son apogée, l’Europe va devoir s’en rendre compte. Ou elle payera très cher cette grande erreur.

Nicolas Klein


Lettre au grand désert






« Mon amour,

            Le croiras-tu ? L’on vient de me dire que tu étais semblable à un mal de tête, si complexe, si plein de tensions et de contradictions. Je pense que l’on avait raison. Je te connais si bien et si mal en même temps. Dès que je pose le pied sur ton sol, mon cœur bat la chamade et éprouve cette sensation angoissante et lénifiante à la fois.

À l’ombre du Palais d’Orient, j’appris grâce à toi que Madrid était la plus belle ville qui m’ait jamais été donnée en spectacle. Mais à peine avais-je pu m’imprégner de l’atmosphère si particulière de ce lieu, à mi-chemin entre la cathédrale et le gratte-ciel, que tu m’appelais loin de là, vers de vastes contrées où la mer épouse la terre en un ballet incessant. Eussé-je pu me douter que tu t’évanouirais, que tu te déroberais une fois de plus à mes yeux et à mon entendement par un jour de grand vent, entre Cadix et Tarifa ? Je te cherchai alors vainement dans le port d’Algésiras, mais tu n’évoquais que le départ vers l’Amérique lointaine où jadis tu rayonnas. Je fis halte près de la Giralda et de la Tour de l’Or, mais tu ne te cachais point en ces lieux hantés par la vaine richesse. Mon tour d’Andalousie fut vain : pas plus qu’à Séville tu ne flânais près de la cathédrale de Jaén ou au palais de l’Alhambra. J’eus pourtant mille fois l’intuition de ton parfum fruité et musqué à la fois dans la mosquée-cathédrale de Cordoue, mais ce n’était que le sillage de ton passage. À Valence, tous te connaissaient mais une jeune femme me fit une confidence qui à jamais changea ma vie : il t’arrivait parfois d’errer dans la Cité des Arts et des Sciences, mais tu ne pouvais que t’y mentir à toi-même. Je n’eus plus de succès sous les murailles d’Ibiza ni même sur les pimpantes Ramblas barcelonaises. Tu avais fui ce lieu depuis trop longtemps, juste avant ton séjour dans la campagne de Lérida.

Le croiras-tu ? Je pensai un instant que les gorges de l’Aragon constituaient ta demeure et, même si l’on t’avait vu, tu en avais été chassé. Nulle trace de toi aux arènes de Pampelune, même si l’on me dit alors que tu aimais y venir les jours de corrida. Au Pays basque, je buttai contre les murs de l’université d’Oñate. Pourquoi ne m’attendais-tu pas dans les défilés du fleuve Deva, quelque part entre Santander et Oviedo ? Ne m’avais-tu pas dit que tu aimais ces lieux verts et agréables où la fraîcheur du printemps rehaussait les couleurs du port d’El Ferrol ? Paraît-il que l’un de tes amants y naquit un jour de décembre : où est-il ? Un bref détour par Clavijo ne m’édifia guère. J’étais tout à fait désespéré de te trouver lorsque tu m’envoyas ta dernière lettre, celle à laquelle je tente aujourd’hui maladroitement de répondre.

Je compris alors que tu ne pouvais être qu’en un seul endroit et en tous à la fois, perché sur une montagne surplombant le fleuve Segura, soupirant près des moulins de Campo de Criptana, te lamentant dans la campagne de Soria, rêvant au passé à jamais perdu sur un banc devant la cathédrale de Coria ou redécouvrant avec mélancolie la beauté du Teide à La Orotava. J’étais bien avancé, me diras-tu, entre tous ces lieux ! Mais je n’avais pas à choisir, mon amour, car je savais où tu te trouvais.

Tu te trouves là où, au fond, tu t’es toujours trouvé. Pour t’y trouver, il suffisait d’y penser : l’Espagne, ce n’est pas la métropole criante de modernité. L’Espagne, ce n’est pas le paysage de Calella de la Costa ou de Benalmádena. Elle est là sans y être ; tu t’y caches sans y vivre. J’ai compris que ton âme, partagée entre trois mondes, trop africaine pour être européenne, trop américaine pour être africaine, ne vit que dans un seul endroit. C’est là, devant mes yeux : tu es le pays du désert. Le pays des étendues mortes, où seuls quelques ermitages viennent briser la monotonie. Tu es le pays de l’immense rien, de la pauvreté sans fin qui illumine le regard par sa profondeur et sa dignité.

Là où tout a commencé, là où tout finira. Tu m’as appelé dans la mort : je te rejoins. Puisse ce désert être notre catafalque. 

Tendrement, celui qui t’a toujours aimé. »
Nicolas Klein



La citadelle d'une Geisha



La Geisha est une femme d'origine japonaise vouant son existence à la pratique des arts. Et pourtant le monde voit à travers cette figure une vulgaire prostituée. Mais pourtant la pute n'est pas celle que l'on croit. La pute moderne est la résultante de la féminisation d'une société nécessaire pour subvenir aux besoins de l'économie de marché. L'égalité des sexes remplace donc automatiquement l'égalité sociale. La parité entre l'homme et la femme est le fantasme d'une lesbienne rêvant d'un phallus, comme la célèbre Caroline Fourest qui n'hésite pas à faire faux bond à Fiammetta Venner pour tapiner auprès de BHL qui reste le premier sayanim français se prenant pour Sartre. Ce dernier reste sans doute une référence pour le monde mondain parisien qui commence à partir du quartier latin pour terminer au carré d'or. Ces bourgeois se revendiquent de l'universalisme, ils peuvent avoir un réel avant-goût de l'univers à la prison de la santé. Certains prétendent qu'il y a surtout des arabes et des noirs dans nos geôles et pourtant ils existent cette petite communauté bourgeoise blanche qui à force de bousiller l'os nasal comprend finalement ce qu'est manger dans une gamelle. L'enfermement, l'odeur, l'hygiène, la prison reste un avant-goût de l'enfer sur terre. Les hommes y résistent, tandis que les sous-hommes se font sodomiser.

Pour en revenir à Sartre qui est comme le surnomme Céline un agité du bocal, l'existentialisme est une doctrine philosophique qui vient tout droit de cette nuisance qu'est Mai 68. Il faut être un amateur de la mode selon Abercrombie et Fitch pour penser que l'homme est condamné à être libre. Par contre je ne suis pas contre l'idée qu'il est libre d'acheter ce qu'il souhaite, par contre pour les actions et la prise de conscience le chantier est loin d'être terminé.

Je préfère nettement la Geisha à la nouvelle femme qui pense être libre grâce au travail. La féministe précieuse, peut se permettre de travailler. Mais qu'est ce qu'il en est pour la mère en banlieue qui ne peut pas se permettre de travailler car elle ne peut pas payer une nounou pour garder les enfants ? Les filles d'aujourd'hui crache les mères et cela sans aucune honte. Pourtant la mère est irrémédiablement plus instruite que sa progéniture. La mère lit Zola, Balzac et Stendhal tandis que la fille préfère Closer et Jeune et Jolie. Le nivellement vers le bas ou le destin inévitable de la gent féminine...

En attendant la geisha reste dans sa citadelle. J'essaye en vain de pénétrer à l'intérieur de ce sanctuaire mais je n'y arrive pas. Je garde toute mon abnégation et mon courage pour y arriver. Je tente et retente tout en gardant une petite lueur d'espoir au plus profond de mon âme. A croire que cette geisha est une chimère de mon combat intellectuel. Je ne sais pas si je risque d'abdiquer en premier, mais en tout cas ce moment n'est pas encore arrivé. Le combat est long et dur mais il vaut la peine d'être mené. Des fois j'ai l'impression d'être un Don Quichotte se battant contre des moulins, mais je reste optimiste. Ma passion est éternel tous comme mes idéaux.


Nouvelles de Madame X


"Si un homme n’embrasse pas une femme au premier rendez-vous, c’est un gentleman. Au second, c’est qu’il est gay." Extrait de la série télévisée Ally McBeal


Prétendre aimer la vie est une chose inconnue pour Madame X. Tout son mystère réside dans son paradoxe. Belle et sensuelle, narcissique et provocatrice, afin de cacher sa nature humaine. Madame X aime rire, pleurer, se jouer des hommes et cela juste avec un battement de cils. Une beauté lubrique aussi talentueuse ne risque pas de tomber sur un homme d'un talent supérieur au sien. Mais un beau jour, elle rencontre ce mâle parfait dans son imperfection. Mal coiffé, mais aussi prétentieux et intelligent qu'elle, ce dernier lui fait une forte impression au premier regard. Les hommes craignent Madame X. Mais cet inconnu n'hésite pas à s'avancer vers elle tout en souriant et en adoptant une démarche planante. Avant de se présenter il n'hésite pas à la comparer à la présentatrice d'une chaine pornographique. Elle est choquée, ce qui ne l'empêche pas de répondre. La discussion se poursuit, et l'étincelle apparaît. Madame X risque de regretter cette rencontre, elle ne se rend pas compte mais elle vient d'ouvrir son cœur à un vampire émotionnel. Elle peut sans doute s'en remettre au karma, mais Madame X est désormais une proie. Elle est le gibier de cet homme, loin d'être un Apollon mais beau parleur et surtout joueur.


Le dragueur exerce tout son talent dans un seul but, celui de la pénétration. Il pénètre l'esprit de la fille par la fellation et lui retire son cœur en la pénétrant. Le bon dragueur n'a aucune limite. L'objectif est de torpiller, la condition est d'être discret. Mais contrairement au séducteur, il n'a aucune prétention sociale. Son terrain de chasse est la rue. Son profil favori est la bourgeoise des beaux quartiers car l'efficacité est quasiment certaine avec elle. Cette dernière a aussi une certaine fascination pour le bello ragazzo latin. Un bellâtre qui n'a pas forcement eu les outils nécessaires pour se distinguer de la masse. La première qualité d'un bon dragueur est d'être un fin observateur. Il peut remercier ses ainés de la chasse. Derrière son charme le dragueur reste un être complexe mêlant timidité et sans doute une relation complexe avec la mère et la belle-mère. En effet quand la première est morte, tandis que la dernière est une vipère, il est difficile pour ce garçon d'exprimer toute la profondeur de ses sentiments à l'égard des femmes.


Mais des fois, le dragueur peut devenir séducteur. Cette douce schizophrénie peut le mener à sa perte, mais la drague de rue est en crise. Le féminisme ne cesse de criminaliser les dragueurs de rue qui passent aujourd'hui pour un pervers. Il doit donc mettre de l'eau dans son vin pour adapter son discours à la conjoncture actuelle. Tout comme en économie, les relations entre les hommes et les femmes évoluent. Auparavant le dragueur se saoulait dans un bar en compagnie de ses camarades en évoquant des sujets que l'on peut retrouver dans "Husband" de John Cassavetes. Mais ce nouveau séducteur doit aujourd'hui s'ouvrir afin d'arriver à ses fins. Lorsqu'il était un vil prédateur, il jouissait du fait de plaire aux femmes et comme le succès amène le succès...


Aujourd'hui la fille répond avec un regard de haine à un compliment venant d'un homme. Et cela juste pour correspondre aux critères de la femme selon les magazines féminins. La femme tueuse est le fléau des hommes honnêtes. En attendant ce nouveau séducteur doit faire attention à ses bijoux de famille. L'émasculation traîne dans les parages.


Finalement tomber amoureux est le grand malheur du séducteur. Pendant ce temps, Madame X se morfond sur son canapé en mangeant une glace Häagen-Dazs devant sa série préférée. En se passionnant pour des personnages imaginaires comme Chuck Bass et le Docteur Mamour, elle risque de finir sa vie en compagnie de son chat. Contrairement à l'homme, l'animal ne pense pas.

Proudly powered by Blogger
Theme: Esquire by Matthew Buchanan.
Converted by LiteThemes.com.